Accueil > Les nouvelles du coin > Fermeture du site d’Hanvec BPREA de Kerliver (29)
Fermeture du site d’Hanvec BPREA de Kerliver (29)
Article "Coup de sécateur à Kerliver" - Splann
Publié le samedi 5 septembre 2026.
"Après 142 ans d’enseignement agricole, le centre de Kerliver, à Hanvec (29), vit peut-être sa dernière rentrée. Sur fond de réduction des dépenses, le conseil régional de Bretagne a décidé le transfert de ses formations à Châteaulin et Morlaix. Un collectif de salariés dénonce la brutalité de la manœuvre et croit en l’avenir de ce site tourné vers l’agro-écologie.
Un manoir du XVIᵉ siècle, 40 hectares de terres et divers bâtiments situés dans la campagne d’Hanvec : le centre de formation agricole et paysager de Kerliver est un lieu chargé d’histoire. Chaque année, entre les monts d’Arrée et la rade de Brest, environ 200 personnes y sont formées à l’élagage, à l’horticulture, au maraîchage, à la maçonnerie ou aux travaux forestiers.
Une histoire qui pourrait bientôt s’achever. Les difficultés financières liées à l’arrêt de certaines subventions ont conduit le conseil d’administration à acter, en juillet 2025, la fermeture du site.
À la suite d’une donation, le site de Kerliver devient propriété de la commune d’Hanvec et, en 1884, la première école féminine d’enseignement agricole de France. Un vœu de ses anciens propriétaires. Arboretum, bois, prairies, haies bocagères et refuge de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) témoignent de cet héritage plus que centenaire.
Un cadre « merveilleusement atypique »
En mars 2026, c’est entre les murs du ministère de la Transition écologique que David Moalic, formateur en aménagements paysagers, a pu vanter ce lieu « merveilleusement atypique » dans lequel « l’écologique est mis devant l’économique et le technique ». Le CFA y était célébré pour la seconde fois en tant que site labellisé EcoJardin.
Une reconnaissance institutionnelle contrastant avec les nuages noirs qui s’accumulent au-dessus de l’établissement. Un déficit estimé à 360.000 euros, une baisse d’effectifs et l’absence de transport scolaire ont poussé la Région à annoncer, en juillet 2025, le transfert de ses formations dans les lycées de l’Aulne, à Châteaulin, et de Suscinio, à Morlaix. Depuis 2009, les trois établissements font partie de la même entité, dont le conseil d’administration est actuellement présidé par l’industriel Loïc Hénaff, en tant que représentant du conseil régional.
D’abord prévue en 2029, la fermeture de l’établissement a été avancée en juin 2027. Dès cette rentrée, le brevet professionnel responsable d’entreprise agricole spécialisé dans le maraîchage bio, seul BPREA de ce type dans le Finistère, rejoint Suscinio.
« Ce transfert a été précipité au vu de la situation financière, argue Christophe Matrat, directeur de Kerliver depuis 2022. L’objectif est de consolider les deux autres sites, propriétés de la Région. »
« C’est évident que les effectifs allaient fondre après cette annonce », déplore Célia, formatrice. « Il existait d’autres solutions. On ne déplace pas un chêne centenaire comme une salle de classe », ajoute Daniel. Tous deux membres du collectif Avenir Kerliver, composé de personnels enseignants et administratifs, ils ne souhaitent pas être cités sous leur nom.
« Il y a eu deux licenciements secs et une douzaine de contrats non reconduits », chiffre Dominique Blivet, enseignant à Suscinio et représentant du syndicat Sud Rural Territoires.
Des risques psycho-sociaux importants
Le syndicaliste estime que cette décision de fermeture participe d’une atmosphère de travail dégradée. Il note « un mal-être sur les trois sites de l’établissement » ainsi qu’une « organisation toxique du travail ». L’attitude de la direction est jugée « maltraitante » par plusieurs personnels.
« Depuis 2022, il y a un important turnover du personnel administratif, cela en dit long sur l’ambiance de travail », observe Lucie, employée sur le site de Morlaix. « Il n’est pas rare de ressortir en pleurant du bureau de monsieur Matrat », assure Célia.
Des témoignages auxquels le chef du centre répond avec fatalité. « C’est un sale boulot mais est-ce qu’il y a une bonne méthode pour le faire ? »
Directeur d’établissements scolaires depuis trente ans, Christophe Matrat reconnaît le manque d’accompagnement de formateurs « très attachés au site et avec de fortes convictions » face à cette fermeture. « J’ai demandé une cellule d’appui psychologique qui devrait arriver à la rentrée. C’est leur monde qui s’écroule mais dites-moi ce que je peux faire ? Le but de ce plan, c’est de sauver l’activité mais on ne sauvera pas tout le monde », soupire-t-il.
Contactée à ce sujet, la direction régionale de l’agriculture (Draaf), dont dépend le CFA, nous a renvoyés vers le directeur. La Région nous a, elle, renvoyés vers la Draaf et n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’entretien avec Loïc Hénaff formulée fin juillet.
« En tant que président du conseil d’administration, Loïc Hénaff a pourtant le pouvoir de mettre en place un plan d’évaluation des risques psycho-sociaux, mais il ne l’a pas fait, souligne Vincent, autre membre du collectif. Le fait qu’une tête pensante de l’agroalimentaire breton ferme ce genre de site en dit long sur sa vision du monde. »
De son côté, Christophe Matrat veut rester optimiste : « Il y a sans doute plus d’inconvénients que d’avantages à cette situation, mais ce que l’on faisait à Kerliver, on pourra le faire ailleurs. »
Un contexte national « compliqué »
« L’ensemble de la formation agricole souffre du manque de financement », développe Dominique Blivet. Largement majoritaire, le privé bénéficie en Bretagne de subventions publiques non obligatoires particulièrement importantes, comme l’a documenté Splann ! dans une enquête publiée il y a un an.
Un déséquilibre dont convient Christophe Matrat, pour qui le tournant s’est produit en 2008. « Depuis la libéralisation de la formation professionnelle, l’enseignement agricole est surpâturé [saturé, NDLR]. Le privé n’avance pas avec les mêmes moyens. »
« Le privé ne joue pas le jeu du bio, alerte Dominique Blivet. Les filières de formation à l’agriculture biologique sont toutes dans le public. C’est une logique court-termiste. » « On a un été caniculaire, des dérèglements climatiques mais on ferme un lieu qui porte des solutions face à cette crise », remarque Daniel.
L’avenir du site en question
« J’avais demandé un plan de sauvetage et on a répondu par un plan de licenciement », cingle Yves Cyrille, fraîchement réélu maire d’Hanvec (2.000 habitants) pour un second mandat, sur une liste sans étiquette où figurait également la députée (PS) Mélanie Thomin.
L’édile dit soutenir des « formations efficientes et adaptées aux besoins actuels d’un modèle vertueux ». Il craint aussi une perte d’attractivité. « Un lieu de formation avec 200 personnes qui ferme ça a forcément un impact sur notre commune. »
Tandis que la Région fait savoir qu’aucun scénario n’est arrêté à ce stade quant à l’avenir du site, Yves Cyrille précise qu’« un comité de pilotage est en route pour imaginer la suite » et que « les membres du collectif [Avenir Kerliver] seront mis dans la boucle ». Ces derniers invitent d’ailleurs toutes les personnes qui le souhaitent à les rejoindre pour « créer une dynamique positive et faire revivre le lieu »."
